Au début du XXème siècle émerge aux Etats-Unis l’une des premières firmes de divertissements du monde : Hollywood. Mais sa folle liberté deviendra incontrôlable, l’affaire Arkuble le démontrera de manière tragique. L’usine à rêves sera donc censurée par le code Hays, établi sous la pression des catholiques et républicains. Les scénaristes et réalisateurs refusent d’abandonner leur liberté de ton, ils usent alors de métaphores équivoques pour illustrer les mœurs légères interdites…

A l’origine : l’affaire Arkuble
Dans les années 20, alors que le cinéma muet triomphe, un scandale sordide précipite la fin d’une des stars de l’époque : Roscoe « Fatty » Arkuble. Jouissant à l’époque de la même notoriété que Chaplin, Arkuble réalise et joue dans de nombreux longs-métrages muets. Il lancera notamment la carrière de Buster Keaton. En charge du « département burlesque », Arkuble s’enrichit grâce à un contrat de un million de dollars annuels, le plus important accordé à un acteur de l’époque. Cette aisance économique lui permet de réaliser jusqu’à trois films en même temps. 1921 sonnera la fin de son rêve américain.

Pour la fête du premier mai, Arkuble organise une fête dantesque à un hôtel de San Francisco. En pleine prohibition, ce genre d’occasion est le seul moyen de boire de l’alcool. Une partie du gratin hollywoodien s’y rend. Mais cette fête à priori sans bavure est restée tristement célèbre. Violée par Roscoe Arkuble lors de la soirée, Virginia Rappe décèdera quelques mois plus tard suite à ce drame.

La presse à scandale s’emballe alors. Dans tout le pays les médias relaient le crime, publiant d’autres histoires scandaleuses sur Hollywood. La population puritaine et les ligues de vertu associent désormais l’industrie du cinéma aux vices et à la dépravation. Hollywood décide alors timidement de s’autocensurer, dès 1922. Cependant, il faut attendre huit ans pour que l’usine à rêves subisse un réel encadrement par la mise en place du code Hays.

Le code Hays
En 1930, William Hays, républicain puritain et fervent croyant, est chargé par les studios de mettre en place un réel code de censure, censé recadrer les mœurs des vedettes et donc, redorer l’image d’Hollywood. Hays n’est alors pas un inconnu adepte de la censure, il a déjà fait ses preuves en prenant la décision d’annuler toutes les projections des films d’Arkuble suite à scandale. Le code sera mise en place quatre ans plus tard, c’est pourquoi entre 1930 et 1934 on peut encore trouver des films audacieux et violents, comme le Scarface d’Howard Hawks en 1932. Les dialogues sont équivoques, il serait criminel de ne pas citer le fameux «C’est un pistolet dans votre poche, ou vous êtes juste content de me voir ? » prononcée par une Mae West lubrique dans Lady Lou (1933).

En 1934, plus question de voir à l’écran des gangsters ou des prostituées, les mœurs sont désormais encadrées. Parmi les interdits on recense les scènes de viols, de nu, d’obscénité en tout genre, de séduction, de blasphème, d’homosexualité… L’une des censures les plus sévères est exigée suite aux pressions des groupes catholiques : le sexe devient strictement banni des écrans. Une image de deux personnes dans un même lit est alors impensable. Plus étonnant encore pour nous, spectateurs du XXIème siècle, les baisers de plus de trente secondes sont aussi interdits.

Contourner la censure
Si les images ne peuvent plus montrer, les mots peuvent toujours suggérer. Les scénaristes, obligés de masquer les scènes « obscènes », usent alors de d’autres moyens pour arriver à leurs fins : la mise en scène et les dialogues.

Parmi les dialogues à double sens, on pourrait relever celui d’Humphrey Bogart et Lauren Bacall dans Le Grand Sommeil (1947), parlant à priori de course de chevaux :

« -Vous n’aimez pas être dominé non plus.
-Personne n’a réussi. Des suggestions ?
-Je ne saurais dire avant de vous avoir vu pratiquée sur le terrain. Vous avez de la classe… Mais, tenez-vous la distance ?
-Tout dépend de celui qui est en selle. Continuez Marlowe, j’aime votre façon de monter. »
Comprendra qui pourra…

D’autre part, la mise en scène se révèle être le subterfuge le plus efficace de suggestion. Le maitre en la matière est nul autre qu’Hitchcock. Lors de sa période de réalisateur à Hollywood, le génie du suspense a dû se plier aux exigences du code Hays. L’exemple le plus flagrant se trouve sans doute dans La Mort aux Trousses (1959) où un train s’engouffre dans un tunnel après que les deux personnages se soient tournés autour durant une grande partie du film… Précédemment, Gilda en 1946, avait habilement abordé la misogynie, l’homosexualité et même l’impuissance grâce au pouvoir de la mise en scène et des dialogues. A noter que ce film contient l’une des scènes de strip-teases les plus célèbres du cinéma où pourtant, Rita Hayworth n’enlève que ses gants.

Néanmoins, le code Hays ne se laisse pas toujours berner par les techniques suggestives des cinéastes. Il impose des règles strictes en matière de scénarios que ne peuvent contourner les réalisateurs. Par exemple, il est interdit de rendre sympathique un criminel. Si le personnage principal a mal agi, il doit mourir car le public ne peut pas applaudir des actions malveillantes. Mais le code Hays n’empêchera pas le film noir de se développer en cette période pourtant restrictive (ce genre cinématographique sera sans doute détaillé dans un futur article).

La fin du code Hays
A la fin des années 50 et jusque dans les sixties, un vent de liberté souffle sur l’Amérique. Le début du rock’n’roll, l’ascension de James Dean et le développement de la télévision sont synonymes de renouveau dans le monde culturel des Etats-Unis. Peu à peu, les restrictions s’essoufflent et le code finit par être abandonner en 1966.

En bref
Paradoxalement la censure a aussi développé l’inventivité des metteurs en scène et des scénaristes et a obligé le spectateur à être plus attentif et observateur. La puissance de la suggestion est devenue la marque de fabriques de nombreux réalisateurs de l’époque, Hitchcock en tête. Les émotions du spectateur ne sont-elles pas décuplées lorsque tout est à imaginer ?

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