Après le dense et quelque peu épuisant Boussole, voici un Goncourt a priori plus léger : l’histoire d’un écrivain qui peine à écrire et préfère la compagnie des femmes à celui de son manuscrit.

Trois jours chez ma mère est le récit faussement autobiographique de François Weyergans, qui met en scène un double de fiction, François Weyergraf, écrivain angoissé par la page blanche. Ce narrateur, censé aller rendre visite à sa mère âgée sur laquelle il souhaite écrire, ne cesse de reporter sa visite. A la place, il trompe allégrement son épouse en compagnie de quantité de jeunes femmes décrites avec faroucherie. Ainsi ce récit prend la forme de boucles répétées : tentative d’écriture, prétexte à ne pas écrire, nouvelle liaison, culpabilité d’être inactif, donc tentative d’écriture et cetera.

Weyergans tente des piques d’humour dans ses monologues d’apitoiement, aussi on serait tenté de compatir, mais quelque chose ne prend pas.

D’une part, même si j’admets qu’il s’agit d’un biais de mon époque, et peut-être aussi de ma nature féminine, Trois jours sur ma mère agace par la multiplication des scènes de sexe où les femmes, toutes plus jeunes et fort lubriques, le supplient de l’épouser avant d’exécuter toutes sortes de cabrioles plus ou moins dégradantes.

D’autre part, je suis souvent un peu ennuyée par ces romans sur la difficulté d’écrire, qui me semblent d’une contradiction pas passionnante : je n’arrive pas à écrire, donc j’écris quand même un livre complet dans lequel je n’arrive pas à écrire. Certes, mais à la fin nous lecteurs lisons ce livre qui existe bien, et qui révèle moins les affres de la création, qu’une paresse mal cachée et une pseudo-souffrance existentielle de façade. Je ne nie pas qu’écrire peut nous conduire dans des endroits douloureux de la conscience, voire dans une profonde mélancolie, mais se plaindre constamment qu’écrire est la pire des tares paraît ici une plainte un peu bourgeoise et vaine.

Si j’ai apprécié les jeux de récits enchâssés voués à l’échec, part ludique de cette réflexion sur l’impossibilité d’écrire, Trois jours chez ma mère m’a peu touché, et m’a, dans l’ensemble, laissée de marbre. Trop autocentré, et un peu trop « masculin », ce Goncourt n’était pas fait pour moi… tant pis !

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