Dimanche prochain se tiendra la 92ème cérémonie des Oscars. Cette édition marque le retour de nombreuses figures historiques du cinéma américain telles que Scorsese et Tarantino, qui devront surpasser les prodigieux Parasite, Joker et 1917 pour remporter la fameuse statuette de meilleur film. Après l’annonce des nommés le 10 janvier, les cinéastes du monde entier ont élaboré leurs pronostics quant aux potentiels futurs oscarisés (coucou Joaquin Phoenix)… tandis que de nombreuses polémiques tachent de nouveau la plus célèbre cérémonie du cinéma.

Depuis la vague #MeToo qui a ébranlé le monde du cinéma, la cérémonie des Oscars souffre des conséquences de sa relation longue durée avec Harvey Weinstein. Omniprésent dans un nombre incalculable de projets, le producteur, en ce moment en procès pour agressions sexuelles, fut un élément clef dans le processus de vote. Sept films ayant remporté l’Oscar du Meilleur Film ont été directement produit par Weinstein : The Artist, Shakespeare In Love, Le Discours d’un Roi, Chicago, Le Patient Anglais, No Country For Old Men et Le Seigneur des Anneaux II. Influençant le jury grâce à des campagnes de publicité et des techniques commerciales efficaces, ses aptitudes de producteur sont aujourd’hui imitées.

Au-delà de l’ombre Weinstein, la cérémonie souffre de polémiques quant aux nommés et aux lauréats. Il suffit de jeter un rapide coup d’œil au groupe des invités ayant assisté au déjeuner traditionnel… Une belle brochette d’hommes blancs représenterait le cinéma actuel ?

copyright @academy oscars

Accusé de racisme, la cérémonie américaine brandie en contre-exemple les lauréats Moonlight et Green Book, portés par des acteurs noirs. Certaines vedettes n’hésitent pas à critiquer cette hypocrisie et cette discrimination positive, à l’instar de Joaquin Phoenix. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #OscarsSoWhite a lancé la polémique du même nom, dénonçant la discrimination envers certains groupes, comme les Afro-Américains et les Asio-Amércains. Ce hashtag a été lancé par April Reign en 2015 après qu’elle a constaté que 92% de l’Académie était blanche.

Du côté des femmes cinéastes, les Oscars semblent être en décalage avec l’industrie hollywoodienne dont les maigres efforts pour promouvoir des films de réalisatrices se font néanmoins ressentir. Evidemment, il ne s’agit que de maigres efforts puisqu’il suffit de regarder la programmation actuelle des salles de cinéma pour constater que la majorité des films sont réalisés par des hommes. Seul un film réalisé par une femme a été récompensé de l’Oscar du Meilleur Film (Démineurs en 2010).

Plus étonnant, une étude de l’Université de Californie a comparé les répliques des hommes et celles des femmes des 10 derniers films ayant reçus la plus prestigieuse récompense. Le constat est glacial, les hommes occupent toute la parole. Ce graphique rend la situation beaucoup plus concrète :

Quelles solutions existent pour montrer enfin les minorités à l’écran ?
La réponse tient en deux mots : l’inclusion rider. Il s’agit d’une clause, pratiquement méconnue jusqu’au speech féministe de Frances McDormand, lauréat de l’Oscar du Meilleur Rôle Féminin pour Three Bilboards. Cette clause promet de représenter un pourcentage de personnes à l’écran équivalent à la réalité, comme 50% de femmes par exemple. Il est triste d’en arriver là, mais cette clause pourrait servir de mesure intermédiaire avant de promouvoir naturellement plus de rôles diversifiés.

Qu’en est-il des films en eux-mêmes ?

Les polémiques masquent parfois d’autres problèmes, portant sur le fond. Censé récompenser les meilleurs films et performances du cinéma mondial, la cérémonie des Oscars se noie depuis une dizaine d’années dans le politiquement correct américain ou le spectaculaire, représentatif de l’industrie cinématographique de notre époque.
Il me semble donc logique de clore cet article par les mots de Christopher Reeve, connu du grand public pour son interprétation de Superman et revenu en 1996 après un an de rééducation à cause d’une chute à cheval qui l’a rendu paraplégique. Au-delà de l’émouvante et longue ovation du public, où l’on reconnait de nombreuses célébrités, son court discours prouve que l’intensité du cinéma réside dans ses causes et ses prises de risques.

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