Depuis quelques années, l’œuvre de Pascal Quignard m’intriguait. Je confesse que ce n’est pas tellement pour ses thèmes, trop érudits pour mon pauvre esprit (musique classique, morcellement des êtres, rhétorique…), mais pour un détail bien plus trivial, qui est que nous partageons la même date d’anniversaire. Et deuxième coïncidence qui me menait à le lire, il a obtenu le prix Goncourt l’année de ma naissance. Ni une, ni deux, me voilà plongée dans Les Ombres errantes.
Bon. Cette chronique sera plus courte que les précédentes. Pour cause, je suis passée complètement à côté de ce… roman ? récit ? fourre-tout ? compilation des pensées du moment ?
Offrir le Goncourt aux Ombres errantes de Quignard me semble procéder de la même logique que l’attribution de la Palme d’Or à David Lynch pour Sailor et Lula : couronner l’œuvre entière plutôt que l’opus en question, un peu mineur. Trop tard, nous avons compris l’entourloupe ! A présent que le pot aux roses est révélé, entrons, ou tentons d’entrer, dans le texte de Quignard.
Deuxième Bon. Comment résumer Les Ombres errantes ? Suite de fragments allant de comptes-rendus de lecture en anecdotes historiques, d’aphorismes personnels et de bribes de pensées, ce texte s’avère inégal en plus d’indigeste. Sûrement tout ceci a pour but de nous parler du temps, de la vie, ou du destin, je ne dois pas avoir la maturité intellectuelle suffisante pour le cerner.
Le grand inconvénient de ce type d’écrits est la submersion. Une réflexion étalée sur un paragraphe annule la précédente, puis hop, du coq à l’âne il n’y a qu’un pas, le chapitre suivant nous emmène complètement ailleurs. Notre pauvre esprit se noie dans ce torrent de pensées plus ou moins intéressantes, et plus ou moins obscures. Je vous laisse méditer sur celle-ci :
« L’aïeul du temps vit dissimulé dans les deux temps de la première danse à mort. Le fond du temps est le qui-vive. Être sur le qui-vive. Rester perpétuellement sur le qui-vive. La tension temporelle de la vie préhumaine à l’état pur. Le qui-vive est l’expérience de l’état originaire. C’est la vie de la proie, le qui-vive. C’est la vie de la proie de la préconscience de la prédation et dans la préconscience de la mort. »
Vous l’aurez compris, ce fut une lecture qui ne m’a pas enthousiasmé, mais qui ne fut pas si laborieuse car heureusement, le texte est court (pratiques ces petites phrases imprimées au centre d’une page pour vendre un texte de deux cents pages quasiment blanches pour vingt euros). Les jurés du Prix Goncourt vantent souvent de mettre en avant des textes romanesques, des vraies fictions, visiblement, il y a eu des exceptions.
Comme je ne suis pas tant rancunière, je vous laisse avec un fragment des Ombres errantes qui m’a plu et qui, peut-être, vous incitera à vous plonger dans ce texte et vous faire votre propre idée de cet étrange Goncourt : « C’est pourquoi les hommes aiment tant à passer des examens, des concours, des initiations, des élections, font tant de compétitions, lisent tant de romans à énigme, s’amusent inexplicablement à faire des mots croisés, ils veulent croire qu’il y une réponse qui précède leur question là où il n’y a que cri de pulmonation, scène invisible, questionnement corporel dénué de fin, contingence sexuelle. Ils veulent croire qu’il y a un chiffrement initial, qu’il y a une direction ou une promesse à leurs jours. »






















